L’histoire de Chouart Des Groseilliers

L’histoire de Médard Chouart Sieur Des Groseilliers, un des premiers explorateurs du Canada.

Baptisé le 31 Juillet 1618, à Charly-sur-Marne dans la province française de la Brie, Médard était le fils de Médard Chouart et Marie Poirier.

Leur ferme a été appelé Les Groseilliers, signifiant sans doute qu’il faisait pousser des groseilliers.

 On ne connaît rien de son existence avant qu’il n’arrive en Nouvelle-France, en 1641, après un séjour en Touraine. Il vint très jeune au Canada, peut-être en 1641, après avoir vécu, auparavant, dans la maison « d’une de nos Mères de Tours », d’après Marie de l’Incarnation, première supérieure des Ursulines à Québec.

Entré au service des Jésuites à titre de serviteur, de donné ou d’interprète, plus probablement, de soldat, Des Groseilliers voyage en leur compagnie jusqu’en 1646.

En 1646,  il abandonne les Jésuites  de la Huronie, installée dans le comté de Simcoe, en Ontario.

Des Groseilliers maîtrise maintenant les langues algonquine, huronne et iroquoise.

La Relation des Jésuites de 1646 mentionne que parmi « ceux qui retournèrent cette année chez les Hurons furent Des Groseilliers (qu’on nomme généralement ainsi dans les documents du temps).  Il se peut qu’il ait renseigné mère Marie au sujet des découvertes géographiques faites récemment au-delà du pays des Hurons, qu’elle rapporte dans une lettre à son fils, le 10 septembre 1646, mentionnant « une grande mer qui est au-delà des Hurons », ce qui veut évidemment dire soit le lac Michigan soit le lac Supérieur.

Le 3 Septembre 1647, Des Grosilliers a épousé une veuve nommée Hélène, fille d’Abraham Martin qui semble avoir donné son nom aux plaines d’Abraham. Un fils est mort en 1648, un autre  est né  en 1649 et nommé Médard et aurait vécu jusqu’à l’âge mûr. Hélène meure au début des années 1650.

Des Grosilliers  s’est remariée plus tard, encore une fois à une veuve. Elle s’appelait Marguerite Hayet, fille de Sébastien Hayet et Madeleine Hénaut, de la paroisse de Saint-Paul à Paris.

Elle avait un demi-frère, Pierre Esprit Radisson.

Au moment du mariage Marguerite prenait résidence à Trois-Rivières et la maison de Jean Godefroy de Lintot, un interprète célèbre dans les annales de l’exploration américaine.

Son demi-frère, connu simplement comme Radisson, fut le premier explorateur et auteur d’un compte rendu descriptif de la région supérieure des Grands Lacs connu.

De l’union de Médard et de Marguerite naquirent : Jean-Baptiste (baptisé le 5 juillet 1654), Marie-Anne (baptisée le 7 août 1657), Marguerite (baptisée le 15 avril 1659) et Marie-Antoinette (baptisée le 8 juin 1661).

C’est à cette époque que la Nouvelle France  était soumise à de cruelles épreuves. Les incursions iroquoises détruisirent la Huronie  et la plupart des colonies françaises le long du Saint-Laurent. Laurent, les colons ont été attaqués et massacrés ou capturés et torturés à mort. Les Iroquois avaient également épuisé les Indiens Ottawa protecteurs des colons de Nouvelle France.

Ces incursions eurent pour résultat la cessation presque complète de la traite des fourrures, jusque-là apportées chaque année de la région située entre le territoire des Hurons et celui des tribus lointaines de l’Ouest, qui elles aussi se voyaient alors chassées de leurs foyers des « pays d’en haut » ou du « pays des Outaouais », comme disaient les habitants de la Nouvelle-France. C’est à ce moment que Des Groseilliers et un compagnon inconnu est venu au secours de la colonie.
Le Hurons et Ottawa, en fuyant les Iroquois, se rendirent à Trois Rivières par des voies détournées  au printemps 1653 pour expliquer leurs ennuis. Ils ont dit, cependant, qu’ils se cachaient des Iroquois dans une zone au-delà de la Huronie  et qu’ils possédaient un grand stock de pelleteries et qu’ils espéraient descendre l’année suivante en assez grand nombre pour défier les Iroquois.

Cela a attiré l’attention de Des Groseilliers.

En 1654, la paix ayant été conclue entre les Français et les Iroquois, les tribus de l’Ouest arrivèrent vers la fin de l’été pour apporter des pelleteries.

Les Indiens ont dit qu’un grand fleuve au-dessus de leur pays  se jette dans une grande mer.

Quand, le 6 août suivant, ces canoteurs repartent, Des Groseilliers et un autre coureur des bois sont du voyage. L’itinéraire s’amorce sur la rivière Outaouais (Ottawa) et se poursuit jusqu’aux lacs Huron, Érié et Michigan.

La plupart des historiens ont supposé que Radisson était le compagnon de Des Groseilliers, mais les faits démentent cette hypothèse. Les données montrent que même si Radisson se prétend être le compagnon  de Des Groseilliers,  il était en fait trop jeune à l’époque pour faire le voyage et il est aussi  prouvé que Radisson se trouvait à  Québec à cette époque

Des Groseilliers et son  compagnon ont exploré la région à l’ouest et au sud de la baie d’Hudson. Ils avaient rassemblé une foule de renseignements sur sa région.

Aux yeux de Des Groseilliers, l’importance de ce voyage tenait à ce qu’il apprenait à connaître la région située à l’ouest et au sud de la baie d’Hudson. Radisson écrit : « Nous n’avons pas fait une découverte complète, en ce que nous n’avons pas été dans la baie du Nord, ne sachant rien que ce qu’en disaient les sauvages Christinos [Cris] ». Fort impressionnés par les nouveaux faits géographiques que rapportaient les deux hommes à leur retour, les Jésuites de la Nouvelle-France y consacrèrent une bonne partie de leur Relation de 1655–1656. Un marchand éminent de la Nouvelle-France, Charles Aubert* de La Chesnaye, se rappelait, plusieurs années après, « deux particuliers qui retournèrent en 1656, chacun [ayant] de 14 à 15 mille livres, et amenèrent avec eux une flotte de sauvages, riches de 100 mille écus »

Les années 1656-1659 sont bien documentés vient la vie de Médard Chouart des Groseilliers.

 Nous savons quand naquirent ses enfants et qui les baptisa ; nous n’ignorons pas qu’il avait son domicile à Trois-Rivières et que lui-même et sa femme s’enrichissaient.

Les archives de la ville, qui ont été conservées, renferment maints documents relatifs à Des Groseilliers et à sa femme. Chicaniers l’un et l’autre, ils paraissaient souvent au tribunal, à la grande satisfaction des historiens et des biographes, sinon des voisins de cette famille typique de pionniers.

Mais ces enregistrements s’arrêtent à l’été 1659.

La raison en est, il va sans dire, qu’il était retourné aux pays d’en haut. Radisson rentrait alors de deux séjours chez les Iroquois (l’un en qualité de prisonnier, l’autre à titre d’attaché à une entreprise missionnaire des Jésuites à Onontagué) et il était alors assez âgé pour accompagner son beau-frère. Les deux hommes se mirent en route en août 1659 pour rentrer l’été suivant.

Avant de quitter, le gouverneur Pierre de Voyer d’Argenson s’oppose à l’expédition à moins que l’un de ses hommes les accompagnent. Des Grosiliers avec son franc-parler habituel, déclara que les découvreurs devaient passer avant les gouverneurs, et il s’esquiva sans être remarqué, surtout parce qu’il était capitaine du bourg de Trois-Rivières et qu’il avait les « clés du bourg », selon Radisson.

Ils sont parvenus à La Pointe, près de ce qui est maintenant Chequamegon Bay, où ils ont pris leurs marchandises commerciales et construit un abri précaire.

Le Français a ensuite lac Ottawa. L’hiver a apporté fortes chutes de neige, ce qui fait qu’il est impossible de tuer du gibier pour se nourrir. Ces hommes sont morts de faim plus d’une fois dans ces moments. Le printemps venu, les deux étaient l’invité des Sioux, les résidents permanents de la région. Ils ont passé six semaines avec les Indiens avant de retourner à La Pointe et la traversée vers la rive nord du lac Supérieur.

Les mois de l’été de 1660 se passèrent  et poussèrent Des Groseillers à revenir vers le bas Saint-Laurent.

Les deux Français étaient accompagnés de plusieurs indigènes et d’une riche moisson de pelleteries. Au Long-Sault, sur l’Outaouais, Radisson décrit les vestiges du massacre de Dollard, qui avait eu lieu quelques semaines plus tôt. Il mentionne que c’est à cet endroit que, au cours d’un voyage précédent, Des Groseilliers avait fait naufrage et perdu son journal. Un document du 22 août 1660 (greffe de Bénigne Basset) indique que Des Groseilliers s’arrêta très peu de temps à Montréal pour conclure un accord commercial avec un des principaux marchands de cette ville, Charles Le Moyne de Longueuil.


Les Jésuites attendaient avec impatience des nouvelles des pays de l’Ouest et ils consignèrent fidèlement dans leur Relation de l’année les entretiens qu’ils eurent avec Des Groseilliers à son retour. Trois membres de leur compagnie, notamment le premier missionnaire chez les Amérindiens du lac Supérieur, le père René Ménard, et six autres Français, dont cinq trafiquants, s’embarquèrent immédiatement avec les indigènes qui rentraient chez eux.

À partir de ce moment-là et jusqu’au jour où les pays d’en haut cessèrent d’être considérés comme faisant partie de l’empire français, il y eut constamment des trafiquants français dans cette région.

Louise Phelps Kellogg a identifié ceux qui se rendirent chez les Outaouais en 1660, soit Jean-François Pouteret de Bellecourt, dit Colombier ; Adrien, frère aîné de Louis Jolliet ; Claude David ; le menuisier Pierre Levasseur, dit L’Espérance ; et un nommé Laflèche, probablement parent de l’interprète Jean Richer, de Nipissing.

Des indications dignes de foi permettent d’affirmer que le voyage dans l’Ouest des deux beaux-frères sauva la colonie de la ruine économique, et même en préserva probablement l’existence.

Mais le gouverneur d’Argenson saisit les pelleteries des explorateurs, leur imposa une amende et, selon Radisson, jeta Des Groseilliers en prison, apparemment parce qu’il était parti sans sa permission.

Ce traitement souleva la fureur des deux hommes qui résolurent, pour exécuter leurs projets de traite et d’exploration, de faire appel aux ennemis et aux rivaux de la Nouvelle-France, c’est-à-dire aux Anglais de la Nouvelle-Angleterre ou aux Hollandais de la Nouvelle-Hollande.

Le moment était crucial. Une décision se préparait au sujet de la possession d’une grande partie du continent et du commerce lucratif du castor.

Certains, à l’époque, ont cru que la défection de ces deux hommes décida de l’enjeu.

Deux personnes perspicaces, Marie de l’Incarnation et le père Paul Ragueneau, qui fut longtemps supérieur des missions jésuites de la Nouvelle-France et qui avait été précepteur du Grand Condé, disaient d’une façon fort explicite dans les lettres qu’ils envoyaient en France, que les deux renégats n’étaient pas étrangers à la conquête de la Nouvelle-Hollande par les Anglais en 1664.

 Ceux-ci déclenchèrent donc une série d’événements qui ne devaient prendre fin qu’à la conquête du Canada par les Anglais en 1763.

Les détails des préparatifs de Des Groseilliers en vue de sa prochaine aventure (vers le pays des Outaouais par la baie d’Hudson) sont assez embrouillés.

Accompagné de son beau-frère et de dix voyageurs, il finit par descendre le Saint-Laurent dans un canot d’écorce, à la fin d’avril ou au début de mai 1662, après être rentré l’année précédente d’un voyage en France.

Il y avait conclu un marché avec un marchand de La Rochelle, Arnaud Peré (frère de l’explorateur trafiquant Jean Peré dont le nom avait été donné par les Français à la rivière Albany), pour obtenir un navire qui devait le mener à la baie d’Hudson à partir de l’île Percée.

Certains incidents (peut-être l’opposition des Jésuites) devaient faire échouer ses projets à l’île Percée et le diriger plutôt vers Boston.

Au Massachusetts, il trouva des hommes consentant à le suivre dans son entreprise et une série de plusieurs voyages à la baie d’Hudson commença. Cependant, par suite des intempéries, du manque d’approvisionnements convenant à une entreprise dans l’Arctique et d’autres obstacles, rien de pratique n’en résulta, même si les gens de la Nouvelle-Angleterre étaient probablement alors plus versés que quiconque dans la connaissance de la région baignée par la baie d’Hudson.

Néanmoins, il s’accomplit quelque chose d’utile, car des commissaires (au nombre desquels figurait Sir George Cartwright) du roi d’Angleterre nouvellement rétabli, envoyés pour gagner l’appui des habitants peu commodes de la Nouvelle-Angleterre au nouveau régime de la métropole, firent la connaissance des Français, apprirent leurs projets et les persuadèrent de se rendre à la cour de Charles II.

À la suite de leur capture en haute mer par un corsaire hollandais, et d’un atterrissage en Espagne, les deux explorateurs firent un voyage à Londres, Oxford et Windsor, arrivant à temps pour constater les ravages de la peste de 1665 et du Grand Incendie de 1666.

Au cours des trois années suivantes, les projets de Des Groseilliers portèrent leurs fruits, en dépit de nombreuses erreurs et de faux départs, et bien que des aventuriers hollandais et français tentassent de le devancer pour son premier voyage par mer à la baie d’Hudson.

Enfin, en 1668, deux petits navires portant les deux beaux-frères partaient de l’Angleterre en direction de la baie. Le bateau de Des Groseilliers, sous les ordres d’un marin de la Nouvelle-Angleterre, Zachariah Gillam, trouva la route difficile pour pénétrer dans la « Mer du Nord » et jeta l’ancre à l’embouchure d’une rivière, que les Anglais nommèrent Rupert, où ils établirent le fort Charles et passèrent l’hiver.

Le voyage de Radisson dans un navire de guerre prêté par le roi échoua et Radisson rentra à Londres pour terminer durant l’hiver la rédaction de sa relation que le roi lui avait commandée au cours d’une audience.

Pour la traduction de cet ouvrage, on versa 5£ en juin 1669 à un traducteur anonyme qui fut peut-être Nicholas Hayward, plus tard interprète français de la Hudson’s Bay Company. Le manuscrit de l’original français s’est perdu, mais la traduction en a été conservée dans les papiers de Samuel Pepys à la bibliothèque Bodléienne d’Oxford, en Angleterre.

Entre-temps, les bailleurs de fonds anglais des deux Canadiens formèrent une société qui reçut sa charte le 2 mai 1670 (vieux style), et que l’on connaît depuis sous le nom de Hudson’s Bay Company.

Comme plusieurs autres associations qui avaient servi antérieurement à l’établissement de colonies anglaises en Amérique du Nord, c’était une société par actions dotée de pouvoirs de gouvernement et de droits territoriaux dans une grande partie du Nord du continent.

Elle procéda tout de suite à la création d’établissements et à l’élection d’un gouverneur colonial, qui fut Charles Bayly. Gillam et d’autres commandaient ses navires, qui devaient par la suite assurer des communications presque annuelles entre la baie et la métropole.

Au cours des trois années suivantes, les projets de Des Groseilliers portèrent leurs fruits, en dépit de nombreuses erreurs et de faux départs, et bien que des aventuriers hollandais et français tentassent de le devancer pour son premier voyage par mer à la baie d’Hudson.

Lors d’un voyage à Londres en 1674, les deux explorateurs, insatisfaits de leur traitement par la compagnie, furent convaincus par le jésuite Charles Albanel, alors prisonnier en Angleterre, de revenir au service de la France.

Colbert leur recommanda de retourner au Canada et de s’y entendre avec les autorités. Ils furent cependant froidement reçus par le gouverneur Louis de Buade de Frontenac, et Radisson retourna bientôt en France où il entra dans la Marine. Cette expérience s’acheva vers 1683.

Cette période est vécue difficilement par lui. Les Français ne soutiennent pas ses projets de reconquête de la baie d’Hudson. De plus, il est séparé de sa femme, qui est anglaise. Il avait en effet épousé, « entre 1665 et 1675, probablement en 1672 », la fille de sir John Kirke, un des associés de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Celle-ci avait « hérité de son père, Gervase Kirke, les droits légitimes à une importante partie du nord-est du continent nord-américain ». Le fait qu’elle n’ait pas suivi Radisson lors de son passage en France sème le doute quant à la loyauté de ce dernier. En 1681, il se rend en Angleterre afin de la chercher. Obéissant à son père, sa femme refuse de le suivre.

De retour à Paris, Radisson est pressenti en 1681 par un marchand canadien, Charles Aubert de La Chesnaye, qui reçoit l’année suivante une charte pour la traite des fourrures (Compagnie de la Baie du Nord). Une expédition doit mener à la fondation d’un établissement français à l’embouchure du fleuve Nelson dans la baie d’Hudson. En août 1682, Radisson et Des Groseilliers conduisent deux navires de la compagnie jusqu’à la rivière Hayes(Hayes), à l’ouest de la baie James.

Grâce à une bonne connaissance de la région et de ses habitants, ils parviennent à prendre Port Nelson aux Anglais. Ils font de nombreux prisonniers, saisissent un navire bostonnais et font main basse sur une importante cargaison de fourrures.

Après ce succès, les deux compagnons sont de retour à Trois-Rivières. Mais l’histoire se répète pour eux. « Lorsque le gouverneur du Canada décide de lever une taxe sur leurs fourrures et de relâcher un navire qu’ils avaient capturé, les deux beaux-frères réclament un dédommagement à la France. Ils perdent leur cause, car Colbert, leur protecteur, est mort.» Ils sont à nouveau pénalisés par la France qu’ils servent.

Des Groseilliers revient en Nouvelle-France.

Texte de Grace Lee Nute, The explorations of Pierre Esprit Radisson: from the original manuscript in the Bodleian Library and the British Museum, Minneapolis, Minnesota, Ross & Haines, 1961,  arrangement Bernard Coudert 2018