La Nouvelle-Orléans et ses secrets d’histoire !

par Paul Nevski

Installez vous confortablement

J’espère que ce moment passé ensemble vous dépaysera et vous donnera envie de venir ou revenir nous rendre visite tôt ou tard en Louisiane.

Allez, c’est parti et bonne lecture !

DES CÉVENNES A LA LOUISIANE

L’histoire d’Ambroise GARIDEL, un jeune homme idéaliste, épris de liberté .

En 1779 , 10 ans avant la Révolution française, un jeune homme idéaliste, Ambroise Garidel (1764-1822), épris de liberté, quitte son Ardèche natale avec sa sacoche et son rêve pour tout pécule.

Il tourne ainsi le dos aux montagnes austères de son enfance pour les marécages de la Louisiane.

Quelle folie!

L’Amérique a 15 ans

Il arrive à l’âge de 15 ans aux Amériques pendant la guerre d’Indépendance, en pleine révolution et devant faire face a une épidémie de fièvre jaune qui décime La Nouvelle-Orléans.

Déjà, a cette époque, la population de la Nouvelle Orléans reste confinée et vit dans la peur. Des centaines de personnes, hommes, femmes et enfants perdent la vie. 

Voila dans quel contexte le jeune Ambroise débarque lors de son installation en Louisiane.

Ne connaissant  rien des affres de l’existence, il fait face tant bien que mal  à l’adversité et découvre l’apprentissage de la survie. Ainsi pourrait être résumée la vie de l’homme dont nous allons parler. 

A travers son l’histoire et celle de ses descendants, plongez dans le monde des Cajuns ou Cadiens, descendants d’ Acadiens, des Créoles, des aristocrates exilés aux colonies, des Gens de couleur libres venant de Saint-Domingue et vivant dans le quartier de Tremé.

Plongez avec les esclaves de la Sénégambie, tous pris malgré eux dans la tourmente des changements de société et de la guerre de Sécession (1861-1865).

Une lucarne entr’ouverte sur la petite histoire des habitants du vieux carré de la Nouvelle-Orléans, ville occupée. 

On s’est longtemps demande quelle était la motivation d’Ambroise pour quitter la France a un si jeune âge en laissant derrière lui sa famille. 

Fuyait-il la misère, les persécutions ? Non.  Sa famille appartenait à la caste des propriétaires terriens, notables qui avaient des biens dans les Cévennes. 


Nous pensons qu’il était séduit par les concepts de liberté, d’aventure, de démocratie et par l’idée de cette jeune nation américaine qui essayait de se défaire du joug britannique.

Car  son arrivée se situe en 1779, en pleine révolution américaine.

Pour autant, ses débuts ne sont pas glorieux, mais il a rendez vous avec l’Acadie

Il commence a travailler pour des marchands peu scrupuleux qui l’exploitent.

Il décharge des tonnes  de  bananes et de canne a sucre, côte a côte avec ses premiers compagnons d’infortune, qui ne sont autres que des esclaves noirs.

Grâce a la providence, il  va rencontrer sa future épouse, l’acadienne Marguerite Bourg.

Pour comprendre Marguerite Bourg, véritable survivante et héroïne, il faut remettre son histoire  au cœur de celle des Acadiens.

 Elle est née a Saint-Pierre et Paul en Acadie en 1748, alors  colonie française. 

A partir de 1604,  suite la guerre qui oppose la France a l’Angleterre et la misère qui s’en suit, des familles quittent le Royaume de France et émigrent dans le grand nord du Canada pour s’installer en Acadie,. 

Si ces terres sont inconnues des Français, elles ne le sont pas des populations autochtones installées là depuis 10.000 ans, habituées aux hivers rudes et  vivant en harmonie avec la nature. 

Ces gens (que les Français vont appeler « les Indiens », car ils pensaient partir  pour les Indes, alors qu’ils allaient dans l’autre sens, aux Amériques mais ils ne le savaient pas encore..!) avaient un autre rapport a la terre, complètement différent de celui des Européens.

Ils pensaient que la terre n’appartenait a personne et qu’il fallait la partager avec les animaux et les plantes.

Les Français vont plutôt bien s’entendre avec les « Indiens »  ayant une approche « inclusive » de la colonisation. En effet, ils pensaient que quand on arrive dans un pays, il fallait se mettre bien avec les gens déjà là, car susceptibles de les aider a se fixer, a s’intégrer et à se prémunir de divers maux. 

Les colons anglais, par contre, ne vont pas s’entendre avec les « Indiens ».

Ceux ci ayant toujours eu une approche « exclusive » (et vient des constitutions respectives des deux pays ) et pensaient que  arrivés  en terre inconnue, il fallait ,  se comporter en conquérants.

Déloger les populations et  prendre tout simplement leur place (ce qui s’est toujours  avéré plus efficace ). Vous pouvez comprendre pourquoi Anglais et Natifs Indiens ne trouvèrent jamais d’ accord.

S’il y a des tensions en Europe entre La France et l’Angleterre, il y en a aussi dans le Nouveau monde entre la colonie française de l’Acadie et les colonies de la Nouvelle-Angleterre.

On fait parfois des échanges commerciaux mais on s’affronte souvent militairement. Jusqu’à ce que les colonies de la Nouvelle-Angleterre (Maryland et Massachusetts )attaquent frontalement l’Acadie (sans que les Français ne fassent quoi que ce soit pour la défendre).

Les Acadiens deviennent peu a peu des orphelins du royaume et des Français d’Amérique oubliés. L’Acadie tombe ainsi aux mains des Anglais et est rebaptisé Nouvelle-Ecosse: ( Nova Scotia ).

C’est le début de la fin pour les Acadiens et le commencement de leur déportation.

Les Anglais procèdent alors à une épuration ethnique de l’Acadie en la débarrassant de toute présence francophone et catholique.  

On met les Acadiens dans des bateaux de fortune, destination finale inconnue

.Les déportés, croupissent dans les cales sombres et humides, souvent  au milieu de leurs déjections. Le typhus et la variole font des ravages, enfants et  personnes âgées sont les premières victimes.

 On retrouve la trace des familles acadiennes quelques mois plus tard en Virginie, où règne un vif sentiment anti-français. 

Au mieux, on méprise les Acadiens, au pire on les déteste. 

Mais de toutes les épreuves que les Acadiens devront subir, aucune ne sera plus cruelle que l’enlèvement de leurs enfants, asservis de force par les colons anglais. 

L’épuration se poursuit dans l’ancienne colonie acadienne, de plus en plus de bateaux remplis de déportés arrivent sur les petites villes côtières de Virginie.

Mais les Anglais doivent désormais faire face à une situation imprévue face à ce gigantesque flux migratoire qu’ils ne sont plus en mesure de contrôler.

La concentration et la déportation des acadiens

Alors l’hiver venu – je pèse mes mots- on concentre les Acadiens dans des camps (où meurent de nombreuses victimes), et puis au printemps, on leur dit, allez, débrouillez-vous… 

Les Acadiens deviennent alors un peuple errant vivant de la mendicité et de la charité publique. 

Certains d’entre eux ont bien l’idée d’aller  en Louisiane, où vivent des francophones, catholiques, les Créoles, mais à cause d’une santé précaire, seuls quelques-uns  y parviennent.

 D’autres, voulurent se réfugier chez les Indiens, à  l’intérieur des terres. Mais traverser des contrées non défrichées et d’épaisses forêts  faute de bonne condition physique constitua un obstacle insurmontable et beaucoup durent abandonner en route.

Alors, comme a chaque fois que l’homme a un problème qu’il ne peut le résoudre, que fait-il?  Bien sûr il le déplace !Et la, les Anglais ont une « idée de génie », si je peux m’exprimer ainsi. 

Ils affrètent des bateaux en Virginie, les  remplissent d’Acadiens, direction ….

L’ Angleterre, on les enferme dans les prisons de Brighton et de Liverpool. Des historiens reconnus parlent d’un véritable génocide acadien. 

Des milliers d’entre-eux entassés dans des  cachots sombres et humides vont perdre la vie . 
Il a y quelques années, la Reine Elizabeth II a fait officiellement ses excuses au peuple acadien, en reconnaissant que les Anglais avaient perpétré, organisé, un véritable génocide. 

Nous sommes en Europe a la fin de la Guerre de sept ans (la première guerre mondiale ! ) et, une fois n’est pas coutume, l’Angleterre et la France vont tomber d’accord.

L’espoir peut être?

La France accepte d’accueillir les Acadiens survivants des  geôles britanniques.

Un  Immense espoir  envahit les Acadiens  qui se disent, » les Français vont nous accueillir, se dédouaner de nous avoir oubliés .. »


Mais  cet immense espoir se transforme vite en immense déception…

Quand les Acadiens arrivent en France et notamment en Poitou, ils réalisent que les Français n’ont rien préparé du tout.

Le royaume de France sort d’une guerre de 7 ans, il est exsangue. On accueille  ces réfugiés parce que il le faut bien, mais  où les mettre,  qu’en faire ?Tout comme en Virginie, l’errance, la mendicité reprennent leur cours.

Un point positif cependant : A Nantes, contrairement à la Virginie, on parle français. Quelques familles acadiennes s’implantent dans cette ville.

Encore de nos jours, de fiers Nantais portent des noms d’Acadiens arrivés dans les années 1770.

On  y trouve des Breaux, des Broussard et bien d’autres encore a Belle-Ile-en Mer et dans tout l’ouest de la France.

En mème temps, se met en place dans la région de Nantes, un réseau inter acadien, de l’information circule, comme on dit de nos jours  » ça fait du buzz ! « .

Et on parle de plus en plus de cette Louisiane, qui pourrait être  la fin de l’errance, un repère fixe et, peut-être cet Eldorado tant attendu…

Depuis Paimboeuf, au bout de l’estuaire de la Loire, en janvier 1885, partent des bateaux dont la destination est la Louisiane.

Ils arrivent tant bien que mal 6 mois plus tard et débarquent sur le vieux port de La Nouvelle-Orléans. 

L’arrivée en Louisiane

Et qui est là pour les « accueillir » ? Les Créoles Louisianais.


Ces derniers  sont cependant plus sensibles à l’appartenance de classe qu’à la race (couleur de peau).

Les déportés acadiens ne sont pas vraiment les bienvenus: car un Créole blanc fortuné préfère s’allier a un Créole noir fortuné qu’a un pauvre blanc réfugié. 

L ‘Acadien descendant de son bateau après une longue et périlleuse traversée de l’Atlantique est accueilli par un Créole qui va lui dire: »Tu as beau être francophone et catholique, ce n’est pas pour cela que je vais t’inviter a ma table ».
Vous voyez? L’histoire est un éternel recommencement, les Acadiens ne sont toujours pas les bienvenus.
Alors, on se demande bien ou on va les mettre.


Finalement, on trouve la solution, mais on évacue le problème.
On va les « parquer » la ou personne ne veut aller, vous savez où ? Dans les marécages, a l’ouest de La Nouvelle-Orléans.
Ceux qui ont survécu à toutes ces épreuves (Vous comprenez pourquoi on parle de Grand dérangement), qui arrivent sur ces terres ingrates sont indéniablement  ceux qui ont le mieux résisté, ceux qui ont le cuir dur, comme on dit ! 

Enfin une terre d’acceuil

Alors, faisant  contre mauvaise fortune bon cœur et fort déterminés, ces Acadiens vont vivre de la pêche, de la chasse, du trafic de peaux.  Cette terre d’accueil, loin d’être parfaite sera quand même la leur, ils vont la baptiser « terre des Acadiens » ou Acadiana

D’Acadiens ils deviennent Cajun (en anglais)  ou Cadiens (en français).

Du petit village de Vermillonville ils feront la ville de Lafayette, aujourd’hui capitale « officieuse » de la région. 

La rencontre avec Marguerite


Et c’est  près de là que la jeune Marguerite Bourg qui a 30 ans, née en Acadie qui a vécu toutes les étapes du Grand dérangement (dont le passage par Nantes) rencontre son mari, Ambroise Garidel.

Ils se marient dans la paroisse de l’Assomption en 1788.

Nous retrouvons leur trace  à la Nouvelle-Orléans, dans le cadastre du Vieux-Carré, le quartier français, au 3 rue Conti, où Ils sont enregistrés en tant que vendeurs-épiciers.

La boutique est au rez-de-chaussée et ils vivent au premier étage dans un modeste deux pièces.

Il y a un patio derrière et la cuisine au fond. Ils ont une fille et un fils.

Eulalie, qui se mariera avec un Ardéchois, Pierre et Louis-Ambroise qui rencontrera le Marquis de La Fayette lors de sa tournée triomphale de 1824…


Quelle histoire, n’est-ce-pas ?


Il est intéressant de noter à quel point  la saga d’Ambroise a une résonance contemporaine  si on la compare aux temps difficiles et  à la crise sanitaire que nous traversons.

Un jeune homme épris de liberté vivant dans une époque liberticide (partir pour le « Nouveau monde » restait largement désapprouvé, seuls les renégats se lançaient dans de pareilles aventures). Il arrive dans une ville où les gens vivent dans la terreur de se retrouver contaminés par les épidémies qui n’en finissent pas. 


Il survivra.

Bel exemple de résilience.

Merci pour votre attention, pour la confiance accordée et à la prochaine !

Des réactions ? : creolwrld@aol.com

Paul Nevski, fondateur du Monde Creole (www.mondecreole.com),

avec l’aimable collaboration de l’ami Claude Boissin et de l’association La Viste.

La Nouvelle-Orléans et ses secrets d’histoire !

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