la Louisiane de 1855, vue par une encyclopédie

La Louisiane de 1855, vue par une encyclopédie, une source d’ information pour tous les candidats au départ.

L’ auteur est « anonyme ». Le Répertoire des connaissances usuelles » , édité peu après 1855 par Firmin Didot frères s’ appuie sur des faits juste antérieurs à la guerre de Sécession. Le français, y compris certaines accentuations « incorrectes » aujourd’hui (collége??)a été transcrit tel quel. On a seulement corrigé une faute de frappe de l ‘ éditeur, et ajouté des sous-titres pour faciliter la lecture. Mais un texte intéressant pour tous les amoureux de la Louisiane. Et amoureux de livres de géographie anciens.

Malheureusement, aucune photo, évidemment, ni même gravure ancienne dans cette encyclopédie. Il faudra illustrer en les empruntant ailleurs!

Voici le texte.

Louisiane, un des États- Unis de l’ Amérique du Nord, d’une superficie totale de 1,465 myriamètres carrés[1], borné au sud par le golfe du ‘Mexique, est séparée du Texas à l’ouest par la Sabine, de l’État d’Arkansas au nord par le 33e degré de latitude septentrionale, et de l’État du Mississipi, à l’est, par le Mississipi, et plus loin par la rivière des Perles.

Louisiane géographie physique

le Delta

De son principal cours d’eau, le Mississipi (à l’embouchure duquel se trouve une énorme barre de sable et de limon), se détachent à l’ouest, au dessous du Red-River, un grand nombre de bras appelés Bayous dans la langue locale, tels que l’Atchafalaya, la Fourche, etc., qui divisent la partie sud-ouest de la Louisiane en un grand nombre d’îles entourées soit par les eaux du fleuve, soit par celles de la mer. Le bras le plus important du Mississipi à l’est, est l’ lberville, communiquant par les lacs Maurepas, Pontchartrain et Borgne, avec le golfe du Mexique, et délimitant avec l’Atchafalaya le grand delta du Mississipi. Une grande partie de ce delta est exposée à des inondations annuelles.

Le terrain d’alluvion formant les deux rives du fleuve, indiqué sur une grande étendue au moyen de levées parallèles au cours du Mississipi , est d’une merveilleuse fécondité, couvert d’une foule de belles plantations, le plus ordinairement destinées à la culture de la canne à sucre, qui donnent à toute la contrée un aspect ravissant, et produisent aujourd’hui, année commune, pour plus de 50 millions de francs de sucre. La partie sud-ouest de la contrée, celle qui avoisine le golfe, se compose de marais salants.

les Prairies

Plus loin, dans l’Intérieur du pays, commencent déjà les Prairies, dont quelques-unes s’élèvent à environ 16 mètres au-dessus du niveau des plus grandes eaux. Entre le Mississipi, I’ lberville et la rivière aux Perles, le sol est plat et utilisé pour la culture de la canne à sucre et du coton. Le nord est onduleux et boisé. Au nord-ouest, la Red-River atteint le territoire de la Louisiane, où il envoie à droite et  à gauche un grand nombre d’embranchements formant des  lacs, des îles et des marais, reçoit les eaux de la Washita et traverse une région au sol plantureux et fertile. La fin de  l’été et l’automne sont des saisons malsaines à la Louisiane, et la fièvre jaune sévit régulièrement chaque année sur la côte et dans le delta. L’ hiver est doux et agréable, mais variable et même parfois très rude.

Géographie économique de la Louisiane

Agriculture

L’agriculture est la grande industrie de la population, et partout ce ne sont que plantations. La canne à sucre, dont la culture y fut introduite en 1751, constitue l’article Je plus important des productions du sol; vient ensuite le coton. On y récolte aussi, en quantités immenses, du riz, du maïs, des fruits de toutes espèces, du tabac et même du vin. Les épaisses forêts de la partie supérieure du pays fournissent beaucoup de bois de construction, et même diverses espèces de bois précieux.

L’éducation du bétail n’a pris des développements considérables que sur quelques points. Les vastes prairies de l’intérieur nourrissent une grande quantité de bêtes à cornes, de chevaux et de porcs. Les animaux sauvages, tels que ours, loups, daims, alligators et porcs-épies, y sont aussi très-nombreux. Les produits du règne minéral sont le fer, l’argent, la houille, l’ alun, le sel, la pierre meulière, la chaux, l’argile.

Industrie

L’ industrie se borne jusqu’à présent à peu près à l’ affinage des produits bruts, En revanche le commerce, le commerce extérieur surtout, y a pris les plus immenses développements.  Le centre presque unique du commerce avec I’ étranger est la Nouvelle-Orléans, ville qui est au sud-ouest  et à l’ouest de l’Union ce que New-York est à l’est. Les exportations consistent en sucre, coton, tabac, riz, maïs, farine, poix, goudron, térébenthine, chanvre, voiles et cordages, bois de construction, viande de porc salé, jambon, lard, suif et cuir. Divers chemins de fer et canaux favorisent les relations du commerce intérieur.

Géographie humaine

Les habitants de la Louisiane sont aujourd’hui une race métisse, produit du mélange de toutes les nations, mais plus particulièrement de Français et de leurs descendants, d’ Espagnols, d’ Anglo-Américains, d’Ecossais, d’Irlandais et d’Allemands. Leur nombre, qui en 1810 ne s’élevait qu’à 76,556, était déjà en 1840 de 352,411, dont 25,502 hommes de couleur libres et 168,452 esclaves. En 1850 il était de 511,974, dont 255,416 blancs, 239,021 esclaves, et 17,537 hommes de couleur libres. La grande majorité de cette population professe la religion catholique. Le nombre des établissements d’instruction publique est encore très-minime. En 1849 on a fondé à la Nouvelle-Orléans une université de la Louisiane. L’État possède en outre des colléges à Bâton­Rouge et à Saint-Charles; depuis 1838 et depuis 1839, le Centenary College, à Jackson, et le Franklin College à Opelousas. Il existe un séminaire catholique au Grand-Coteau.

Institutions politiques

Aux termes de la constitution de 1812, qui a été révisée en 1845, la puissance législative est exercée par un sénat de 32 membres élus chacun pour quatre ans et renouvelés par moitié tous les deux ans, et par une chambre de représentants du peuple composée d’au moins 70 et d’au plus 100 membres élus pour deux ans. Les sessions de la législature ne peuvent durer au plus que quatre-vingt-dix jours. Elle se réunissait autrefois à Donaldsonville, mais elle alterne maintenant tous les deux ans avec Bâton-Rouge, ville de 4,200 hab., chef-lieu du pays, et située à 21 myriamètres[2] au nord de la Nouvelle-Orléans. La puissance exécutive est confiée à un gouverneur élu pour quatre ans, et recevant un traitement annuel de 6,000 dollars. Tout blanc âgé de plus de vingt-et­ un ans, jouissant depuis deux ans du titre de citoyen des États-Unis, et domicilié depuis deux ans dans l’État ou depuis un an seulement dans l’arrondissement où a lieu l’élection, a le droit de prendre part aux élections pour la représentation nationale.

(NB : texte écrit manifestement avant la guerre de Sécession, ou bien sans en tenir compte…)

La Louisiane fut découverte en 1541, par les Espagnols. Elle fut ensuite visitée par des Anglais, puis colonisée, à partir de 1682, par des Français, qui la nommèrent ainsi en  l’ honneur de Louis XIV. Mais cette colonie française, fondée au voisinage du Mississipi, ne tarda point à périr, par suite de l’ insalubrité du climat. Un riche négociant français , appelé Crozat, obtint ensuite, en 1712, le privilège exclusif du commerce de la Louisiane, qu’ il céda, en 1717, à Law, lequel créa pour le commerce du Mississipi une société de commerce à la tête de laquelle il se plaça.

En 1764 la France céda toute la Louisiane jusqu’au Mississipi à l’Espagne, qui la lui rétrocéda en 1802. Mais comme cette contrée, en raison de sa situation, de son climat et de la richesse de son sol, pouvait devenir, sous l’impulsion d’ un gouvernement fort et énergique, un dangereux voisinage pour l’ Union Américaine, le Congrès des États-Unis s’opposa à cet échange; et à la suite d’une négociation suivie avec la France par l’ intermédiaire de Barbé-Marbois et de Livingston, un traité signé le 30 avril 1803 adjugea aux Etats-Unis, moyennant une indemnité de 15 millions de dollars, la souveraineté tant du territoire de la Nouvelle-Orléans que de toute la Louisiane, dans l’état où l’Espagne l’avait jusque alors possédée. (Consultez Barbé-Marbois , Histoire de la Louisiane – Paris, 1828).

L’ esprit français

Le caractère le plus saillant de l’histoire de la Louisiane, c’est la persistance de l’esprit français à travers les révolutions qui ont changé son gouvernement. Les premiers aventuriers étaient des chasseurs indomptés; ils vivaient de chasse; la chasse seule alimentait leur commerce: la chasse est restée dans les mœurs; c’est presque une rage à la Louisiane. Les premiers colons étaient de gais voyageurs, leurs femmes de joyeuses danseuses, le bal est encore une frénésie chez les dames et les demoiselles.

Quand la Nouvelle-Orléans n’avait pas de trottoirs, pendant la saison pluvieuse, ses rues n’ étaient que de vraies mares de boue: eh bien, dames et demoiselles couraient au bal nu-pieds, dans la fange jusqu’à la cheville, et chaussaient le soulier de satin dans une antichambre pédiluve. L’émigration de Saint-Domingue, qui a jeté dans la Louisiane tant de familles dépossédées, a renforcé le caractère originel. Le français est encore la langue de la société; les mœurs moroses de l’austère Yankee n’y peuvent percer. En dépit du sabbat, le dimanche est le jour des plaisirs; sur les rives du fleuve, les voisins se rendent visite ce jour-là; chacun apporte sa part au banquet; on chante, et le moindre instrument, violon, galoubet, tambourin, devient l’ âme de toute réunion. »


[1] myriamètre carré = 100 km carrés ; donc 146.500 km2.

[2] myriamètre = 10 kilomètres

(3) flûte de tambourin.

la Louisiane de 1855, vue par une encyclopédie de France
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